L’innovation c’est changer de paradigmes.

Axelle Tessandier

Pétillante avec une vision hors norme nous avons rencontré le joyeux trublion du numérique : Axelle Tessandier avec qui nous avons parlé innovation et entrepreneuriat.

A ton sens quel est le lien entre l’art et entrepreneuriat?

Les entrepreneurs et les artistes ont énormément de choses en commun. Chacun à sa manière propose un nouveau monde. Le trait commun entre tous les entrepreneurs de la Silicon Valley est la confiance. Ils sont persuadés que ce qu’ils font va marcher même si tout le monde leur dit le contraire. L’artiste lui ressent une certaine inadaptation au monde qui lui permet de proposer un autre monde : son monde. Les grandes start ups ont compris que l’être humain n’est pas rationnel. L’humain est un être émotionnel. Les meilleures start ups  sont dans une démarche de design thinking c’est à dire qu’elles pensent en terme d’empathie, d’expérience utilisateur, d’un point de vue humain, émotionnel et humanisé. D’ailleurs on ne parle pas de service mais d’expérience, le but étant de créer la meilleure expérience possible pour le client. En France les entrepreneurs doivent faire tomber les barrières et lutter contre cette tentation de penser le monde avec un prisme sombre. Il ne faut pas oublier que la France est la 7 ème puissance du monde. Ce pays est riche et il y a encore plein de choses à faire en France.  Il est également important que les français puisent des idées dans la littérature du développement personnel. En effet le développement personnel et l’innovation collective sont intimement liés

Tu as participé au lancement de Kickstarter en France, comment lance-t-on un projet US en France?

Au lancement avoir des locaux en France n’est pas forcément nécessaire, en revanche il est impératif de s’entourer de gens locaux qui parlent la langue et qui connaissent les spécificités du marché. Mais sur le long terme avoir des bureaux sur place c’est important. C’est d’ailleurs pour ça qu’Airbnb, Twitter, Facebook, Google ont des bureaux à Paris. A mon sens cela permet de mieux comprendre les spécificités d’un marché.

Lors de la conférence de Paris sur le numérique, tu es intervenue sur les Fintech, penses-tu que les Fintech vont pouvoir éclore en marge des actuelles oligopoles?

Les plus gros investisseurs de la Fintech sont City, Visa et Barclay qui sont des acteurs traditionnels du milieu bancaire. De plus en France il y a cette idée que la Fintech doit collaborer avec les grands groupes pour exister. Donc la start up n’est pas là pour faire sauter la banque mais rendre la banque du CAC 40 plus efficace. Si la Fintech ça veut dire outil numérique qui rend l’ancien système plus efficace, est-ce vraiment cela l’innovation? Je n’ai pas la réponse à cette question mais j’invite vivement les gens à se poser cette question. Si une banque moderne et numérique est une banque qui permet de faire avec du Big Data de meilleurs algo pour prendre de meilleures décisions d’investissements et de faire tout mon Banking online, aura-t-on vraiment réussi le pari?

 

L’innovation ça n’est pas rendre l’ancien système plus efficace, c’est changer de paradigmes. Changer de paradigme cela signifie changer la façon dont on pense la société, changer la façon dont on pense l’individu.

Si cette révolution numérique est un capitalisme comme un autre alors que le capitalisme montre ses limites et comment il doit être repensé, on passera complètement à côté de cette révolution sans précédent. Les gens ont trop tendance à prendre pour acquis Internet. Si l’on ne se sert pas de cette révolution numérique pour améliorer le monde je pense qu’on sera passé à côté de quelque chose. La révolution numérique et ses acteurs doivent être le cheval de Troie pour changer l’ancien système et l’embarquer avec lui. A l’ère du numérique la Data est le graal et vaut de l’or, il faut que les GAFA pensent à trouver un moyen de redistribuer la manne financière générée par le Big Data. Les citoyens font un trade off même inconscient et pensent que ce que leur apporte les GAFA a plus de valeur que leur data mais c’est faux. C’est amusant d’ailleurs car l’alerte d’Edward Snowden sur la récolte de data par le NSA a beaucoup plus pris que les alertes concernant la collecte de data par les entreprises privées mais je pense que cela vient de la défiance qu’il y a envers l’Etat et les institutions publiques.

 

Quand on place trop de pouvoir dans une entreprise on dépend de sa vision du monde.

 Au niveau de la régulation notamment en termes de concentration des pouvoirs des entreprises a une vision et un vrai rôle à jouer. Je dis bien Europe car dans une révolution numérique il est impossible de penser en termes de France uniquement. Seuls nous ne sommes rien. D’ailleurs avec le Brexit nous voyons bien que quand nous ne comprenons plus le monde dans lequel nous vivons il y a une vraie tentation du repli sur soi. Selon Walter Isaacson qui explique dans son livre L’innovation : L’innovation ça n’est que la diversité et la collaboration et à contrario on se pense plus fort seul quand on a peur. Je suis une pro-européenne convaincue, j’ai toujours pensé qu’un jour nous aurions un passeport Européen. Le meilleur storytelling qu’on ait fait sur l’Europe c’est le film L’auberge Espagnol de Cédric Klapish mais depuis on ne sait plus raconter l’Europe. L’Europe est devenue une alliance économique et financière or on ne créer pas de loyauté, d’intimité ou d’émotionnel avec uniquement cela. La seule chose qui peut faire cela c’est le storytelling, raconter une histoire commune. L’entrepreneuriat a un rôle à jouer à ce niveau, en effet l’entrepreneuriat c’est raconter des histoires. C’est des succès, des histoires d’hommes et de femmes de pays différentes qui montent leurs entreprise ensemble. J’espère que entrepreneuriat et la révolution numérique seront une occasion de réinventer une histoire Européenne. C’est quoi de penser le monde en terme d’Etat nation c’est une entité politique comme une autre qu’on pourrait très bien repenser.

C’est très intéressant de voir les entreprise de l’économie numérique qui parlent de leur expansion non pas en terme de pays mais de villes c’est une stratégie très suivi par Uber ou Airbnb. Pour les millenials la ville est un socle beaucoup plus identitaire qu’un pays. La ville est une entité politique très importante pour la génération numérique en effet ça ne signifie pas la même chose de dire j’habite en Espagne que de dire j’habite à Barcelone. L’Europe me semble être une entité plus globale qui a vraiment du sens dans une révolution  numérique dans laquelle les frontières ne sont plus les mêmes. D’ailleurs quand tu regardes le nombre de devices connectées dans le monde tu ne les vois pas par pays mais des nuages, des petits points de toutes les couleurs et tu constates vraiment l’overview effect. L’overview effect c’est ce qu’expérimentent les astronautes lorsqu’ils allaient dans l’espace dans les années 70. Ils revenaient avaient une nouvelle vision voir une petite planète bleue suspendu cela change complètement ta vision. Les frontières, douanes ou race cela n’avait plus aucun sens pour eux. Je pense qu’Internet est l’overview effect de notre génération. Comme Internet n’a pas de frontière on pense le monde un peu différemment.

Nous allons vers un changement de paradigme et nous pouvons tout réinventer, rien n’est écrit dans le marbre. Notre rapport à l’état nation est différent et nous pouvons tout à fait créer d’autres systèmes identitaires politiques. La ville sera un positionnement de racine identitaire très forte et qu’autour il y aura des espaces beaucoup plus grand comme l’Europe.

Quels projets de start ups et quelles tendances te plaisent le plus en ce moment?

Je suis fascinée par la technologie de la blockchain car elle a une possibilité d’application dans de très grand nombreux domaines de la musique, aux contrats en passant par le vote en ligne ou la banque. Je suis beaucoup aussi la healthtech c’est encore peu développé en France mais c’est très fort aux USA. L’IA aussi va devenir très importante. Il y a aussi un mouvement auquel je participe beaucoup c’est celui des makers. Ce mouvement est lié à l’imprimante 3D et aux fablabs mais cela va plus loin que ça c’est un état d’esprit auquel je crois beaucoup qui est collaboration, Do it yourself, le fait de créer des ponts de collaboration sur différents projets. Le fait de reprendre le pouvoir sur sa vie. Au lieu de consommer de créer. Je suis tout de même très étonné de ne pas retrouver notre ADN culturel et artistique dans cette révolution numérique. L’éducation est aussi un sujet très intéressant.

Le marketing du futur sera très orienté data.

Olivier Ezratty

Olivier Ezratty, personnage phare de l’écosystème numérique en France a évoqué avec nous, le futur du marketing et des conseils bien avisés pour tout entrepreneur.

Tu es le co-auteur de l’initiative Quelques femmes du numérique !. A ton sens, quelles seraient les actions à mener pour que plus de femmes soient présentes dans le secteur du numérique?

Je suis convaincu qu’il faut s’attaquer au sujet assez tôt, bien avant l’enseignement supérieur. En France et dans tous les pays occidentaux, nous avons un déficit féminin dans les métiers techniques et informatiques. Dans les écoles d’informatique, il est très rare qu’il y ait 10% de femmes. Il est plus courant d’en trouver 5% !

Pourquoi il y a si peu de femmes dans les écoles d’informatique ou même dans les écoles d’ingénieurs ? Il y a d’une part les éléments de stéréotypes qui nous conditionnent quand nous sommes jeunes. D’autre part, la faible proportion de femmes que l’on y trouve peut servir de repoussoir. Pour renverser cette tendance, il faudrait peut-être pratiquer une sorte de discrimination positive pour les jeunes filles. Pas au niveau des critères de recrutement, mais plutôt au niveau des mécanismes de promotion des filières. Cela pourrait créer un effet boule de neige avec pour effet plus d’inscription féminines dans ce type d’école, ainsi que dans les filières équivalentes des universités.

Il y a aussi trop peu de femmes dans l’entreprenariat numérique : dans le numérique nous n’avons que 12% d’entrepreneuses alors qu’elles sont environ un tiers dans les autres corps de métier.

Il faut s’attaquer très tôt à travailler sur les stéréotypes et sur l’image que les femmes se font des métiers du numérique.  Les stéréotypes s’autoalimentent et se perpétuent. Les parents ne sont pas obligés d’acheter des jouets roses et des poupées Barbies à leurs filles ou que pour les filles. Ils peuvent leur proposer des jeux de construction, trop souvent proposés uniquement aux garçons. Ils peuvent essayer de donner envie à leurs filles de découvrir d’autres métiers que les métiers traditionnellement proposés à ou choisis par les filles (dans la santé, l’enseignement, le marketing et la communication…).

Les métiers scientifiques et techniques doivent être plus séduisants pour les femmes. Cela passe notamment par la valorisation de role-models et par de la vulgarisation via la communication. Tous ceux que je connais qui ont étudié la question observent qu’en 20 ans nous n’avons que très peu progressé concernant la parité dans les métiers techniques du numérique. La situation s’est par contre régulièrement améliorée dans les écoles d’ingénieur généralistes avec plus de 28% de femmes.

C’est un problème qui n’existe pas en Inde, en Chine ou en Tunisie, où les femmes sont plus encouragées à suivre ces formations techniques. Par exemple , en Tunisie, il y a au moins troisà cinq fois plus de femmes ingénieures dans le numérique qu’en France en proportion de l’ensemble des élèves. Si le monde du futur est programmé par des hommes, quelle va être la place des femmes, notamment dans une économie où de nombreux métiers seront automatisés totalement ou partiellement par le biais de l’intelligence artificielle et de la robotique ? Si plus de femmes s’investissent dans ces métiers techniques, le futur sera peut-être plus équilibré. Le pire des cas serait que les métiers de femmes soient robotisés par des hommes. Cela pourrait réduire le rôle des femmes dans la vie professionnelle et les amener 100 ans en arrière. Voulons-nous en arriver là ?

Pour l’éviter, il faut rééquilibrer en amont les genres, les cultures, les civilisations pour qu’une plus grande diversité soit à l’œuvre dans la conception des innovations. Les métiers créatifs dans les nouvelles technologies sont accessibles aux jeunes, les jeunes peuvent créer le futur. On fait souvent rêver les jeunes avec la science-fiction, il faut réussir à extraire des mythes de la science-fiction afin d’attirer les jeunes vers les sciences. Il y a énormément de projets – à la fois scientifiques et utiles à l’humanité – qui peuvent attirer les jeunes, notamment dans la santé, dans les transports, dans l’énergie, dans l’environnement.

Tu fais partie du comité de sélection de Scientipôle Initiative, comment choisissez-vous les projets que vous accompagnez?

Il y a une première étape qui est le screening du dossier par des chargés d’affaire. Environ 500 à 600 dossiers sont examinés par an. Scientipôle est partenaire de beaucoup des incubateurs et d’accélérateurs à Paris et en Ile de France. Cela leur permet de bien se fournir en dossier. Les chargés d’affaires sélectionnent les dossiers les plus mûrs, puis ils les font expertiser et ensuite les dossiers passent en comité d’agrément. Le processus le plus sélectif est dans la phase en amont. Entre le moment où l’on reçoit les dossiers et le moment ou la sélection est effectuée par les chargés d’affaire, le nombre de dossiers est divisé par 3.

Une fois que le chargé d’affaire a effectué sa sélection qu’il transmet les dossiers à un expert et que le dossier est examiné par le comité de sélection, il n’y a plus que 15 à 20% des dossiers de rejetés. Je peux examiner les dossiers à titre d’expert, je passe une demi-journée avec les entrepreneurs et je rédige une expertise pour expliquer ce que je pense du projet. Cette expertise est ensuite soumise au comité d’agrément qui décide de la labellisation du projet et de l’octroi d’un prêt d’honneur pour les fondateurs (plafonné à 60 et 90K€ pour les projets selon leur nature).

L’entrepreneur pitche son projet durant 15 minutes. Le comité lui pose des questions pendant 20 minutes et ensuite délibère.

Quels sont nos critères? Ce sont les mêmes que tout le monde dans l’entreprenariat : l’équipe, l’idée, la taille du marché, la réalité de l’innovation et la capacité d’exécution.

Les projets que l’on reçoit sont très amont. Nous avons donc une prise de risque plus élevée que dans les phases ultérieures du financement des startups. Les projets présentés sont très varié : dans le numérique, dans la santé et aussi les greentechs. L’innovation se situe dans tous les métiers. Quand elle est très en amont, elle présente un petit côté chaotique et brouillon. Il y a aussi beaucoup de me-too et des projets qui traitent un besoin qui est en apparence secondaire et qui s’adresse à un marché de niche qui est trop petit. Il vaut mieux adresser un besoin concernant plein de gens, surtout pour générer des économies d’échelle. Les projets se font rarement rejeter parce que l’idée n’est pas bonne mais plutôt parce que l’équipe n’est pas bien charpentée, par exemple avec des fondateurs qui ne s’entendent pas bien entre eux. L’éthique est aussi clé. Il faut savoir bien vendre mais sans mentir.

Quels sont à ton sens les pré-requis pour créer une bonne start-up?

Un entrepreneur qui veut créer une start up doit avoir de l’ambition et beaucoup d’empathie. Il y a plusieurs formes d’empathie à avoir. L’empathie client consiste à bien comprendre les besoin d’un segment de marché et le traiter. Il faut aussi des talents de communiquant, d’organisation. Il faut être assez persistant.

Etre entrepreneur relève d’une certaine forme non pathologique de schizophrène. Il faut  être très empathique et en même temps avoir une volonté de fer. Si une volonté de fer génère un manque d’écoute, c’est l’échec.

Pour être un bon entrepreneur il faut donc avoir un cerveau qui alterne donc des phases très empathiques et des phases pour entrainer les gens derrière soi. Il faut aussi parfois faire une pause et se demander pourquoi ça ne va pas, qu’est-ce qui ne va pas.… On appelle parfois cela un pivot même si ce terme est un peu surfait.

Tout cela requiert une bonne plasticité cérébrale, soit la capacité de s’adapter à des situations différentes, des gens ou des problèmes différents et savoir être résilients quand des difficultés sont rencontrées. Bref, disposer d’une bonne élasticité intellectuelle et comportementale et savoir associer le temps de la réflexion et celui de l’action.

Les médias mettent le plus souvent en avant les licornes. Est-ce que tu penses que toute start up doit avoir pour ambition d’être une licorne?

Je pense que toute startup doit avoir une ambition de croissance accélérée.

Une licorne est une entreprise qui a dépassé le milliard de dollars de valorisation avant une introduction en bourse. Aujourd’hui la bourse investit peu dans les startups. Notamment du fait de déconvenues d’introductions en bourse ces 10 dernières années. En même temps, il y a abondance de capitaux d’épargne et les rendements financiers de placements traditionnels sont devenus très mauvais (placements monétaires, bons du trésor, obligations). Cela explique l’abondance de capitaux qui sont investis dans le capital risque, aussi bien aux USA qu’ailleurs dans le monde.

Est-ce que tout entrepreneur doit avoir pour ambition de créer une grande entreprise? Oui, mais cela ne veut pas dire « licorne » pour autant. On peut très bien atteint 100 milliards de dollars de chiffres d’affaires sans avoir jamais avoir été une licorne au sens littéral du terme. On peut être valorisé à 200 millions, rentrer en bourse et continuer à lever des fonds. Amazon s’est développé comme ça. On peut très bien avoir une trajectoire financière  de développement qui n’est pas celle de la licorne.

En général, une licorne est maintenant assimilée à une startup qui fait parler d’elle via de grosses levées de fonds sans que l’on se préoccupe des détails.

Certaines licornes n’ont pas encore de modèle économique équilibré. Nombreuses sont celles qui fermeront dans les prochains mois. Ces entreprises sont notamment aux USA où elles ont  la capacité de lever des fonds très important (entre $50m et $1B voire même $10B pour Uber) et très tôt. Pinterest a levé plus de un milliard de dollars juste pour présenter un tableau où l’on épingle des photos ! Cela défie l’entendement. Par comparaison, c’est trois fois le budget de l’INRIA.

Quand une startup lève des fonds importants, elle peut perdre de l’argent pendant des années, c’est notamment le cas d’Uber. Cela leur permet d’acheter une position de leader sur le marché, d’étouffer la concurrence, et éventuellement, d’adapter ensuite son modèle économique pour atteindre l’équilibre.

Les entreprises qui lèvent des fonds importants font souvent moins attention à leurs dépenses. Cela fait passer ces entreprises à côté de valeurs fondamentales de l’entrepreneuriat comme faire attention aux dépenses et la recherche de profitabilité. Lever des fonds aussi importants n’est pas sain sauf si l’entrepreneur a la tête sur les épaules.

L’être humain étant ce qu’il est, un entrepreneur peut devenir fragile en étant trop bien financé. Etre trop bien financé génère un côté dispendieux. Ne pas être assez financé ne permet pas de croître assez vite. Il faut donc trouver un juste milieu.

C’est là où le rôle des investisseurs est très important pour un entrepreneur. Un VC d’une licorne doit aider la licorne à se discipliner. Le concept de la licorne sous-tend un principe de vélocité. L’Histoire a montré que le numérique a tendance à créer des monopoles et des oligopoles. Il y a une prime au premier qui gagne. La prime n’est pas au premier venu mais au premier qui gagne, c’est-à-dire au premier qui capte une part suffisante de marché du fait des économies de plateformes, de systèmes… L’entreprenariat est une course contre la montre.

Un bon niveau de financement permet de gagner du temps et les licornes ont cet avantage que les petits n’ont pas. Cela ne suffit pas d’avoir du temps gagné par l’argent, il faut aussi le faire avec intelligence. Il faut écouter ses clients, trouver le « sweet spot » de la valeur et du besoin du client qu’il faut monétiser. Il faut arrêter de faire un pivot tous les ans parce qu’on teste toutes les hypothèses imaginables de son business plan.

Il y a un grand besoin de réalisme. Beaucoup de startups sont dans un marché biface, soit un marché où le payeur n’est pas le client. Il y a de la publicité d’un côté et un consommateur qui ne paye pas de l’autre, comme pour la majorité des services de Google par exemple. Les marchés biface sont compliqués car il faut convaincre deux parties.

La perception de la valeur est différente selon que l’on parle à l’annonceur ou bien à celui qui utilise le produit. Le discours n’est pas symétrique. Il y a beaucoup de concurrence et les budgets publicitaires ne sont pas extensibles à l’infini.

Encore beaucoup de startups comptent sur les revenus publicitaires, même si c’est déguisé sous l’appellation de Big Data.

En 30 ans de vie professionnelle dans le numérique, j’ai vu les mêmes concepts rebaptisés 5 fois. Des concepts que tu connais depuis 20 ans changent de nom et évoluent graduellement. Le Big Data, s’appelait avant le data minining ou la business intelligence. Qu’est-ce qui a changé? La technologie? Les processeurs et les coûts de stockages sont moins chers. L’algorithmie s’est améliorée mais au final le besoin reste toujours le même. Quand Business Object a été lancé en 1990, leur discours n’était pas éloigné du discours que l’on entend aujourd’hui sur le Big Data.

Après il y a Big Data et Big Data et diverses manières d’exploiter les données. Il y a une manière globale et une manière locale. La manière locale consiste à exploiter un gros volume de données de comportement d’utilisateurs et d’en déduire des propositions ciblées à faire pour chaque utilisateur.

L’usage global des Big Data se trouve par exemple dans les prévisions météo, dans la santé ou dans les transports.

La SiliconValley voue un culte au jeunisme, y-a-t-il encore une place pour les plus de 35 ans dans le numérique?

En France, la start up type est créée par des jeunes sortis d’école ou ayant eu une première expérience. Mais on en voit aussi qui sont créées par d’ancien cadres d’entreprise. Nous avons moins de chances de rencontrer un quadra qui crée des jeux vidéos pour les jeunes qu’un quadra qui crée un logiciel d’entreprise pour améliorer un processus métier dans un secteur vertical particulier.

Il y a une typologie des projets créés par les gens qui ont dépassé la trentaine d’années. Les idées sont liées à la surface de contact qu’on a eue dans sa vie antérieure. Quelle est la surface de contact d’un jeune ? Trop souvent, des problèmes de jeunes. Se loger, trouver un/une petit(e) ami (e), trouver des sorties, des problèmes d’étudiants.

Je peux faire la vision très simpliste d’un étudiant en grande école c’est trouver des filles, donc pour trouver des filles, il faut aller en boîte de nuit donc il faut trouver des boîtes de nuit ou des bars. Il faut aussi faire du co-voiturage pour retourner dans son logement étudiant parce qu’on est plus en état de conduire. Une fois qu’on  a la copine ou le copain, on veut finir son cursus à l’étranger. Il faut donc trouver de quoi se loger à l’étranger, comment s’installer à l’étranger.

Ensuite, les choses« sérieuses » commencent : on a des enfants (de plus en plus tard) et les besoins changent tout d’un coup : logement, équipement, habillement, alimentation, loisirs, tout change. Les besoins que l’on identifie sont liés à notre mode de vie.

Plus on a d’expérience en entreprise et dans la vie, plus diverses seront les idées de problèmes à résoudre.

Un quadra peut plus facilement répondre aux besoins d’une entreprise et donc être créatif dans ce domaine. L’âge et l’expérience est un aiguilleur du type de créativité qui va émerger des entrepreneurs.

Il n’y a pas de loi universelle. Dans la création d’une équipe fondatrice de startup: il est souhaitable de mélanger les genres au sens homme/femme mais aussi au niveau de l’âge, des métiers et de l’expérience. Un entrepreneur jeune s’entoure ainsi de business angel, d’advisors, donc de gens qui apportent de l’expérience et du recul. C’est un moyen d’associer la jeunesse et la fougue de l’entrepreneur et de séniorité et de l’expérience d’un marché donné.

Quel est selon toi l’avenir du marketing et de la relation client?

Nous aurons toujours besoin de marketing et de relation client. L’avenir du marketing c’est d’arriver à mieux coller aux aspirations sociétales des gens, de mieux coller aux besoins. Le marketing permet d’imaginer des solutions qui font gagner du temps, de l’argent et d’apporter des émotions positives aux gens.

Un bon marketing saura équilibrer ces trois notions.

L’avenir des marques et de la relation avec le client est dans la capacité à créer une expérience sensorielle et émotionnelle qui soit meilleure pour le consommateur.

Notre vie d’homo-sapiens est faite d’expériences sensorielles. Avec le futur de la robotisation et de l’intelligence artificielle, le futur de l’entreprise sera de recréer une expérience humaine, de revaloriser les relations humaines.

On va tellement automatiser de choses, les dématérialiser et les rendre inhumaines que la valeur d’une entreprise sera dans une sorte de bipolarité avec d’un côté, cette automatisation extrême, et de l’autre ce qu’on peut conserver d’humain dans l’image de la société et dans sa relation avec ses clients, dans la personnalisation de l’offre et de ce qui l’accompagne, dans l’identification du rôle-model et dans l’humanisation de la relation avec le client.

Le marketing du futur sera très orienté data et en même temps devra réinventer la dimension sensorielle et humaine. Les startups savent très bien développer ce sens de la relation client que l’on peut perdre au fur et à mesure que l’entreprise grandit.

Te reconnais-tu dans notre slogan “La tête dans le web, les pieds dans les nuages” ou préfères-tu toujours rester les pieds sur terre ?

Pour ma part, j’utilise le triptyque selon lequel l’entrepreneur a la tête dans les étoiles, les mains dans le cambouis et les pieds sur terre.

J’ai la tête dans le web, les mains dans l’opérationnel (j’écris, je développe, je fais de la photo, j’enseigne, …) et aussi beaucoup les pieds sur terre, Je suis quelqu’un de très analytique et rationnel. J’aime bien comprendre le monde et les choses difficiles à comprendre quelle que soit la nature du sujet.

Que penser de l’Intelligence Artificielle?

Aurelie Jean

Nous avons eu l’immense chance de rencontrer la brillante scientifique Aurélie Jean qui est chercheur au MIT en Bioméchanique Numérique. Aurélie nous livre ici des pistes de réflexion sur l’IA et ça nous rend plutôt optimiste.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours scientifique?

Après avoir soutenu ma thèse de Doctorat en 2009 me voila partie vers de nouvelles aventures scientifiques de l’autre coté de l’Atlantique aux USA. Je travaille 2 ans à l’Université l’Etat de Pennsylvanie sur la compréhension via la modélisation mathématique et la simulation numérique,de la régénération in vitro des tissus du myocarde après un infarctus. En 2011 je pars avec une grande excitation pour Boston au MIT (Massachusetts Institute of Technology) où je suis encore actuellement. Je travaille sur la mécanique du cerveau humain et plus particulièrement sur la compréhension des mécanismes liés aux traumatismes crâniens apparaissent après un choc à la tête par exemple. De façon générale, je développe des modèles mathématiques que j’implémente dans mon code de calcul afin de simuler numériquement la déformation des tissus humains pour des problématiques biomédicales. Je suis chercheuse en Biomécanique Numérique.

Pourquoi avez vous choisi la science comme carrière?

Ce choix a été naturel pour moi dans la mesure où j’avais des facilités en Maths et en Physique et que, de façon générale, j’ai toujours eu une attirance forte voir un amour pour les sciences. J’aime la logique, la rigueur et les challenges intellectuels derrières ces disciplines. La vrai question serait pourquoi une Thèse? J’ai su dès ma première année d’Université, largement inspirée par mes professeurs de l’Université Pierre et Marie Curie (Paris 6) (petit clin d’œil à mon premier rôle model Prof. Lucile Julien), que je ferai une thèse après mon Master. Plus particulièrement je savais que la thèse était le plus haut niveau intellectuel atteignable et, qu’a l’issue de cette formation j’aurai un esprit vif, modelé pour réfléchir le plus intelligemment possible et que je deviendrai une problem solver! De plus, détail important à mes yeux, une thèse en main j’étais Docteure reconnue dans ma discipline partout dans le monde, donc aucune limite dans mes choix géographiques futurs.

Pouvez-vous nous parler de votre recherche?

Je travaille sur la déformation (élasticité) des tissus humains en lien avec certaines pathologies accidentelles. Par exemple à l’issue d’un infarctus les tissus du myocarde se rigidifient par la présence trop importante de collagène crée en réponse à la mort de cellules cardiaques. Un des moyens pour réparer ces tissus est de recréer in vitro un nouveau tissu du myocarde qui possède la même morphologie et élasticité que le tissu sain. Dans cette problématique je modélise mathématiquement et numériquement la régénération de ce tissu afin de mieux comprendre les mécanismes et d’en améliorer la technique. J’étudie également la déformation des tissus du cerveau humain lorsque la tête est exposée a une onde de pression dûe a un choc par exemple, afin de caractériser les mécanismes du traumatisme crânien. Le but est d’améliorer les diagnostiques via la simulation numérique et de tester des nouvelles protections dans un contexte sportif (ski, football américain) ou militaire (soldats exposés à des ondes de pression provenant d’explosion).

Que pensez-vous de l’enseignement des maths en France?

Avant toute chose, reconnaissons une chose : nos étudiants formés en France ont l’un des meilleurs niveaux en maths au monde! Les Américains adorent les Français pour leur connaissance et rigueur en mathématique, ce qui démontre la qualité de notre enseignement. Cela étant dit, j’ai également rencontré de nombreux élèves malheureusement traumatisés par les mathématiques et parfois très tôt dans leur scolarité. Il peut exister une angoisse autour des mathématiques qui n’est pas légitime selon moi. Tout le monde devrait comprendre les mathématiques enseignés jusqu’au collège. Je pense que si les élèves n’assimilent pas les mathématiques au niveau élémentaire et collège c’est principalement un souci d’enseignement. Les mathématiques, dûes à leur abstraction peut-être, devraient être enseignés différemment d’un élève a l’autre.

Que faire pour qu’il y ait plus de personnes enclines à étudier les maths?

Il faut démystifier la discipline! Afin d’éviter les traumatismes, le rejet des mathématiques voir tout simplement l’ennui vis à vis de cette discipline (les mathématiques sont tellement FUN!). Et l’un des moyens serait selon moi de créer des classes de niveau et d’adapter l’enseignement des mathématiques en fonction des élèves. Le niveau d’abstraction de chacun est différent et nous devons prendre cela en considération quand nous réfléchissons à adapter nos méthodes d’enseignement pour les élèves qui ont moins de facilités.

Vous avez lancé récemment une plateforme numérique et un magazine digital lifestyle : PATRONNÈ,  pouvez-vous nous en dire plus?

Mon associée, Chandra Briggman, et moi même avons décidé de lancer PATRONNÈ après avoir pris conscience que nous n’étions pas les seules femmes dans nos entourages féminins respectifs à avoir subi des discriminations de genre dans le milieu professionnel. Nous pensons également que les femmes devraient davantage s’aider, échanger sur leur carrière ou sur leur travail au quotidien afin de partager des informations qui ont une grande valeur pour le développement professionnel…Information is power! Nous voulons que PATRONNÈ soit le lieu de ces échanges et d’accumulation de ces informations, mais aussi un endroit où les femmes trouveront leur inspiration dans des interviews de femmes admirables, leur “role models” et pourquoi pas un “mentor” (ou tuteur en Français)… afin de mieux réussir professionnellement mais aussi personnellement. Je crois personnellement beaucoup au “mentorship”, en étant le tuteur d’autres femmes nous apprenons tellement sur la vie et sur soi-même!

Selon une observation du Forum économique mondial de Davos, 7,1 millions d’emplois pourraient être supprimés dans les 5 prochaines années en raison du développement de l’IA et de la robotique, faut-il donc avoir peur de l’IA?

Je n’ai pas étudié ces chiffres, il est important de chiffrer l’impact économique des nouvelles technologies et de débattre des conséquences sociétales et humaines, mais il faut aussi en parallèle je pense penser plus largement. Oui en effet l’arrivée des nouvelles technologies a fait disparaître des corps de métier entiers dans l’histoire de notre civilisation mais combien de nouveaux métiers a-t-elle crée avec de nouvelles qualifications? Aussi n’oublions pas que les nouvelles technologies sont pour la grande majorité développées pour innover et donc améliorer la qualité de vie de l’humain.

Concernant l’IA, je reprendrai les mots du Prof. Yoshua Bengio de l’Université de Montreal dans l’article excellent du MIT Technology Review « Will Machines Eliminate Us? « https://www.technologyreview.com/s/546301/will-machines-eliminate-us/ dans lequel Prof. Bengio, démystifiant les craintes et peurs de l’Homme face à la machine, préfère parler de Stupidité Artificielle et non d’Intelligence Artificielle. Pourquoi? car comme Prof. Bengio le dit si bien nos avancées technologiques nous permettent de rendre la machine moins stupide qu’elle ne l’était. Cela étant dit, suivre l’évolution de l’IA et préparer notre société à ces avancées technologiques est crucial si l’on souhaite que tout le monde en bénéficie sur notre planète et en voit sa qualité de vie positivement transformée. Toute avancée technologique peut être utilisée à mauvais escient, est-ce une raison d’en avoir peur ou même d’interdire son développement? Je doute de la performance d’une telle pensée, je crois en l’encadrement et la mise en place d’une éthique de ces nouvelles technologies, et la responsabilisation de chacun.

Que peut-on attendre de l’IA et de la robotique?

C’est une question ambitieuse et complexe à la fois… Je pense qu’on peut attendre une amélioration significative de notre qualité de vie et de tout individu (animaux, plantes…) à travers des progrès technologiques voir révolutionnaires dans la médecine, l’éducation, l’agriculture, la finance, le management… avec dans un futur plus lointain, grâce à la standardisation des procédés, l’accessibilité mondiale de ces nouvelles technologies à moindre coût. Par exemple, la robotique pourrait permettre de mieux soutenir et accompagner les personnes âgées et dépendantes,. La robotique pourrait aussi permettre d’améliorer l’éducation des enfants à travers notre globe en permettant l’accès mondial à des cours en réalité virtuelle pour tous les enfants du monde, de l’Afrique aux USA! La robotique permettra de réduire la taille du monde. Je crois en l’impact positif des révolutions technologiques à condition qu’on les encadre et qu’on prépare la société et notre monde à celles-ci.

Dans une société où l’IA et la robotique vont aussi effectuer des travaux peu qualifiés, y’aura-t-il encore une place pour les gens peu qualifiés dans la société?

Souvenons-nous, nous sommes des sociétés de services et je pense que même s’il est vrai que beaucoup de services ne nécessiteront plus la présence de l’Homme, il restera de nombreuses tâches qui, même si elles peuvent être remplacées techniquement par une machine, resteront aux mains des humains. Pourquoi? Parce que nous humains, nous avons des sentiments très fins, des raisonnements humains à fortes valeurs ajoutées que d’autres humains rechercheront. Au même titre que nous pouvons faire notre shopping entièrement sur internet avec des prix souvent compétitifs, nous souhaitons tous pour certains produits, discuter ou tout simplement obtenir l’échange humain avec une personne en particulier qui va apporter une forte valeur ajoutée lors de l’expérience d’achat. Par exemple il y aura de plus en plus de machine/robots pour encaisser vos achats dans des supermarchés, néanmoins le métier de caissier/caissière ne disparaîtra pas complètement mais évoluera. La personne qui encaissera vos achats pourrait devenir votre conseiller personnel concernant des promotions, des produits susceptibles de vous plaire, évaluera avec une grande finesse votre état d’esprit et votre humeur lors de vos achats… Grace à la robotique, les hommes et femmes peu qualifiés vont développer encore davantage leur intelligence émotionnelle qui sera leur bagage pour naviguer et réussir dans le milieu professionnel de demain.

Notre cerveau évoluera surement aussi en développant des compétences d’écoute, d’attention et de sentiments forts envers autrui. Cette révolution technologique est pour moi une révolution pour l’Homme, pour se tourner davantage vers les autres humains.. de belles évolutions humaines et sociétales en perspective. Je suis une optimiste de nature!

Existe-t-il une éthique de l’IA?

Je ne suis pas certaine mais elle est nécessaire comme il y a eu une éthique pensée et établie pour les manipulations génétiques ou encore la recherche nucléaire. De nombreux acteurs de l’IA et personnalités intellectuelles comme Elon Musk ou Stephen Hawking ont avertis les autorités de la nécessité d’encadrer la recherche et le développement de l’IA. Ils ont surement raison, il faut encadrer toutes avancées technologiques, je crois aux réflexions raisonnées pour avancer humainement dans le monde technologique de demain. Toujours garder à l’esprit Homo homini lupus est mais cela ne doit pas nous empêcher d’avancer mais plutôt nous accompagner dans le futur innovant.

Quelles sont les limites de l’IA?

N’étant pas une spécialiste de l’IA j’ai du mal à répondre à cette question. Les limites peuvent être d’ordre techniques, philosophiques ou intellectuelles, dans tous les cas il est difficile pour moi d’avoir un avis éclairé sur la question. Une chose est certaine la question se posera s’il ne s’est pas déjà posée. Les limites potentielles des technologies ou disciplines définissent le champ des possibles pour le scientifique et vont piloter ses axes de recherches et de développements.

Que pensez-vous de l’ambition de Google de rallonger la vie humaine de 20 ans ?

J’attends ces développements avec impatience. Aujourd’hui nous arrivons à allonger l’âge physique mais pas mental. Le challenge à mon sens est d’allonger aussi l’âge mental car sans les facultés mentales il est difficile de pouvoir profiter de capacités physiques. Techniquement cela est très complexe car on a pas encore une compréhension fine du fonctionnement du cerveau. On comprend parfaitement le fonctionnement du cœur mais le cerveau reste un mystère. Nous avons encore pleins de belles choses à découvrir.

L’avenir de l’Homme est-il le transhumanisme?

Quelle question! (rires..) je crois en un rapprochement continu entre l’Homme et la machine aux bénéfices de l’Homme. Je ne connais pas très bien les tenants et aboutissants du terme transhumanisme mais j’aime l’idée d’intégrer la machine à la vie de l’humain et pourquoi pas à l’Homme lui-même (membres robotiques pour handicapés par exemple…). Je ne connaissais pas cette expression, très imagée en effet!

Vous reconnaissez-vous dans notre slogan “La tête dans le web, les pieds dans les nuages” ou préférez-vous toujours rester les pieds sur terre ?

Mon style est plutôt les pieds sur terre néanmoins je rêve souvent de notre futur et des innovations qui en résulteront.. pour une vie meilleure pour tous!

Maîtrisons-nous notre destin numérique?

Isabelle Landreau

Isabelle Landreau, Founder de Landreau Law Firm et avocate spécialisée dans le droit des nouvelles technologies revient pour nous sur les dernières lois en matière de numérique relative au ecommerce , en passant par le hacking ou encore la protection des données à caractère personnel.

Avec quels outils techniques et juridiques est-il possible de protéger un logiciel?

Un logiciel en France se protège de 2 façons. Le code source peut être protégé à titre de brevet. Le logiciel c’est le code source et les développements. En France, les développements ne peuvent pas se protéger à titre de brevet mais à titre de droit d’auteur. Il y a une agence spéciale l’APP (Agence de Protection des Programmes). On peut protéger techniquement et juridiquement un logiciel auprès de l’APP. Concrètement cela se passe de la manière suivante, il faut déposer une enveloppe avec un cd ou cd rom du logiciel en 2 exemplaires, être membre de l’APP et payer 250€ à l’APP + 150 € d’adhésion à l’APP. Ce qui est intéressant c’est que cela donne une date certaine c’est à dire qu’il y a un enregistrement avec une date où le logiciel a été déposé. Cela donne une antériorité des droits qui permet d’avoir le monopole sur ce qui a été protégé et déposé.

Comment une entreprise peut se protéger des hackers?

Un entreprise peut se protéger de plusieurs façons. Le plus important est bien évidemment la protection avant l’attaque. Il y a la protection physique et la protection technique. La protection physique, c’est sécuriser ses locaux, contrôler qui rentre dans les locaux avec des systèmes de badges, ou des systèmes de vidéo surveillance. Ces moyens de protection ont étés acceptés par la jurisprudence. Il faut au préalable en informer les employés mais cela est bien rentré dans les mœurs. La protection physique est extrêmement importante notamment avec l’évolution des drones. De nos jours on peut avoir des drones qui font le tour de votre entreprise , c’est important de penser aux objets connectés et aux nouvelles formes de surveillance. La protection technique c’est la protection informatique. Il n’y a pas de risque zéro, toutes les entreprises sont attaqués peu importe leur taille ou leur notoriété. Ce qu’il faut faire c’est de la pédagogie auprès des employés, de la base à la direction. Bien souvent ce n’est pas la base qui ne sait pas mais la direction qui ne sait pas ni a les bonnes pratiques. Que faut-il faire en amont? Sécuriser son ordinateur avec un mot de passe d’au moins 7 caractères mélangés avec des lettres minuscules, majuscules, des chiffres et des caractères spéciaux. Il faut changer régulièrement ce mot de passe et contrôler l’usage de son ordinateur. Il faut avoir un ordinateur séparé entre celui dont on peut faire un usage personnel ou un usage professionnel. Il faut aussi être vigilent dans le transfert des emails. Il faut que l’entreprise ait une politique de sécurité informatique interne, il faut que l’entreprise définisse ce qu’est une information confidentielle ou pas ? Il faut définir cela dans une charte informatique en amont au sein de l’entreprise, c’est vraiment stratégique. Il est possible de mettre en place un autre outil qui est le règlement intérieur. Le règlement intérieur existe déjà en tant que tel mais il doit aussi inclure les données informatiques. Il doit définir le niveau de confidentialité et qui a le droit de détenir telle information. Il faut prévoir un plan de continuation pendant le piratage, il faut aussi avoir une cellule de crise quand l’entreprise a une taille importante mais pour les PME, je conseille de plus en plus d’avoir un CIL (Contrôle, Informatique et Liberté). Les entreprises vont de plus en plus avoir un DIL (Délégué de l’informatique et liberté.) qui sera obligatoire pour les entreprises d’une certaine taille par la directive européenne qui sera mise en place en 2018. Nous avons 2 ans pour s’adapter et je pense que c’est extrêmement important quelle que soit la taille de l’entreprise d’avoir quelqu’un qui est en charge de l’informatique et de la liberté et qui soit le correspondant de toutes les autorités françaises comme la CNIL ou étrangères concernant notamment les données à caractère personnelles. Le DIL pourra être aussi le correspondant des autres entreprises, ça sera à lui d’induire une politique de confidentialité des données. Après l’attaque il faut faire le bilan des données qui ont été dérobées, et quel a été l’impact dans la société et savoir si l’on peut peut prendre des mesures civiles ou pénales. Faut-il attaquer ou ne pas attaquer? Avec les nouvelles directives les entreprises vont avoir une obligation d’information et de reporter qu’elle on subi une attaque. Cela va générer une atteinte à la réputation. S’il l’entreprise attaque au civile il y a de multiples possibilités, attaquer pour atteinte à la réputation et demander des dommages et intérêt. On peut attaquer au pénal pour vol de données, atteinte au système. Il y a tout un volet criminel qui existe et qu’on peut mettre en place à l’heure actuelle. En revanche en amont il faut définir la stratégie. Qu’est-ce qu’on fait, combien ça va coûter et est-ce que c‘est efficace par rapport aux pertes subies? Il faut vraiment établir une stratégie en accord avec l’avocat. Dans le cas du vol de données, il peut être compliqué d’attaquer car il n’y a pas beaucoup d’entreprises uniquement française ou qui fait du business uniquement en France. Il suffit d’avoir des consommateurs à l’étranger et  l’entreprise aura un problème à l’étranger en cas de vol de données. De nos jours les conflits sont au minimum européens. Pour ce genre de problématique il y a une agence européenne : Europol et des agences françaises avec la brigade spécialisée de la gendarmerie la BEFTI et l’équivalent chez la police avec le CLICD. Il mènent des enquêtes et recherchent qui est le criminel derrière le site internet, quel est le criminel derrière l’adresse IP. Le vrai problème aujourd’hui est que les attaques sont diffuses et que cela peut être une multitude de personnes dans divers pays. Si le hacker est dans un pays hors CE du type Russie, il faut passer par le pénale. Une entreprise ou une PME ne peut pas poursuivre les criminels toute seule. Il faut porter plainte et faire une déclaration d’attaque et il faut saisir Interpol. Il y a aussi des systèmes de signalement qui ont étés organisés par le gouvernement et qui sont très bien mais pour conduire l’enquête et chercher derrière qui est tout ça quand c’est des sites localisés en dehors de l’Europe  il faut passer par Interpol.

Les auteurs notamment de musique peuvent-ils se protéger?

A partir du moment où des recherches ou un morceau de musique est en ligne il est reproductible. Il faut effectuer un vrai travail de pédagogie auprès des auteurs.  Après il peut y avoir un vol de connexion dans les liens. Il n’y a pas encore de législation à ce sujet. Il y a un vide juridique sur le lien. Depuis quelques semaine HADOPI a un nouveau directeur qui vient de la cour des comptes. La réponse graduée prévue par la loi HADOPI a prouvé que c’était totalement inefficace contre le téléchargement illégal. Il n’y a eu que 2 cas de jurisprudence et la sanction maximale de 1000€. Il va y avoir un nouveau projet de lois sur les droits d’auteur face à l’ère numérique. Il faudrait un plateforme dirigée et pensée pas les auteurs eux-même. Il faut qu’un nouveau business model soit crée par les auteurs pour les auteurs. Les auteurs doivent se prendre en main, on ne peut plus aujourd’hui être dans la création sans être businessman. L’artiste le plus précurseur dans ce domaine a été David Bowie, il a été l’un des premiers artistes à titriser sa musique. David Bowie a clairement montré la voie.

Quelle sont les particularités juridiques à prendre en compte lorsqu’on est un ecommerçant?

Je défends les ecommerçants et je peux te dire que de ma pratique professionnelle c’est de plus en plus dur pour eux. Toutes ces lois nouvelles dont la loi Hamon inculquent une qu’ils ont plus de droits que de devoir. C’est absolument faux, le e-consommateur a des droits dans la loi Hamon mais il a aussi des devoirs. Il a le devoir de déballer le colis, de l’inspecter, de signer le bon de livraison et s’il refuse de dire le motif de son refus dans un délai de 15 jours. S’il ne le fait pas il va prétexter qu’il a la garantie légale et ainsi de suite, il faut être raisonnable. On ne peut pas demander tout et n’importe quoi. Il y a des garanties légales qui existent et qui s’ajoutent au droit de rétraction de la loi Hamon mais pour le ecommerçant je trouve que cela devient de plus en plus dur. Le ecommerçant doit bien rédiger des conditions générales de vente, il ne faut surtout pas dupliquer des conditions générales de vente trouvées au hasard. Il faut qu’elles soient rédigées ad’hoc c’est à dire pour les besoins de l’entreprise. Il faut avoir un service après-vente et former le service après-vente. Le ecommerçant doit former son personnel à la législation en vigueur, loi Hamon, code du commerce et code de la consommation.

La même législation est-elle en vigueur pour l’utilisation d’un logiciel?

Non l’utilisation d’un logiciel et le service après-vente d’un logiciel sont subordonnées au code de l’informatique. Le logiciel n’a pas de date de péremption, on ne peut pas le retourner on ne peut donc lui appliquer le code du commerce ou de la consommation. En revanche pour les logiciel, il y a des garanties dans le contrat. Il faut lire le contrat des prestataires de services, des fournisseurs de logiciel, bien s’attarder sur les clause de responsabilités et les clause relatives au maintien du service, les clauses de force majeure, les clauses de résiliation.

La législation française peut-elle être un frein au développent des entreprises du numérique?

C’est une question un peu polémique. Je dirais oui et non. Je dirais oui dans une certaine mesure car en France on impose des règles plus exigeantes que les pays du common law comme les USA. Mais en France nous créons un cadre législatif et réglementaire qui est non seulement protecteur des consommateurs mais aussi des entreprises et qui plus est dans un monde globalisé. Le plus gros désavantage pour les entreprises numériques est à mon sens le code du travail. Le travail déjà entamé sur la simplification du code du travail est à mon sens salutaire. Notre code du travail crée une vraie rupture de concurrence par rapport aux autres pays européens. Pour ce qui est relatif aux lois sur le numérique, les lois françaises donnent un environnement de confiance dans la société numérique. Nous avons la richesse pour avoir une structure franco-française , à mon sens il faut faire du patriotisme économique numérique. Il faut utiliser les entreprises françaises qui font du numérique comme OVH, comme Kwant le moteur de recherche français ou encore Datarmine qui protège les données à caractère personnel. Nous avons beaucoup d’excellentes Start-up et PME.

Comment une entreprise peut saisir l’opportunité du Big Data en respectant la vie privée des internautes?

Le Big Data représente une opportunité économique énorme pour la France. Dans le projet actuel pour une république numérique il ne faut pas qu’on passe à côté. Grâce au Big Data on peut réduire notre déficit budgétaire public et on peut enrichir les citoyens. Le Big Data pourrait représenter jusqu’à 7% du PIB et cela va ne faire que croître. Il faut créer un business model pour que l’argent soit distribué et redistribué que ça ne soit pas seulement des oligopoles qui sont fournisseur d’accès à internet ou détenteur de logiciels. Il faut que la chaîne de la distribution de la richesse soit plus étalée et que l’argent soit réparti à tous les gens qui profitent de cette manne. On a tendance à considérer que le Big Data est l’or noir du 21eme siècle mais la métaphore est assez juste car tout comme le pétrole est raffiné les datas doivent être affinées par des agrégateurs puis distribuées vers des plateforme avec ou sans API puis redistribuées à des PME. Il y aura toute une chaîne de l’économie numérique qui va se créer. La richesse ne va pas se faire toute seule, même les grosses oligopoles ils ont besoin du citoyen lambda puisque nous devenons la première source de richesse. Si en tant que citoyen nous décidons de boycotter l’usage de données à titre gratuit et être rétribué à hauteur de ce qu’on donne, le système va vite s’écrouler. Il faut que le citoyen se sente responsable de ce destin numérique car pour l’instant il n’a pas conscience de la valeur de ses données et qu’il peut gagner de l’argent. Il faut qu’il prenne conscience qu’il peut gagner  de l’argent et qu’il peut reprendre le contrôle sur ses données et si besoin est qu’il puisse se dédire des données. Le citoyen doit avoir le choix. C’est cela la révolution citoyenne numérique. Si l’on ne reprend pas le contrôle maintenant c’est terminé. En effet cela va aller très vite et si nous n’avons pas conscience qu’il faut changer le business model et qu’il faut mettre le citoyen au centre de cette économie où nous allons devenir juste des robots humanoïdes. Aujourd’hui pour se dédire d’une entreprise qui a toutes ses données de santé c’est très difficile, il faut passer par un avocat. Il existe des formulaires de réclamations qui ont été mis en places par les gros acteurs du web grâce à un arrêt récent de 2014. Le grand défaut de ces formulaires c’est que c’est une justice anonyme, en ligne , tu ne connais pas ton interlocuteur, tu ne le vois pas. Tu es jugé sur les documents que tu vas donner et c’est complètement arbitraire. En France nous sommes attachés au principe du contradictoire c’est l’article 14 du code de procédure civile où il faut que ton adversaire aie toutes les informations au même niveau que toi. Dans le cas de ces formulaires il n’y a pas d’égalité des armes, puisque tu réclames et tu vas t’adresser à un inconnu qui va gérer le litige peut être simplement grâce à un algorithme. Ce n’est pas du cas par cas, c’est de façon globale et tu amènes les preuves que tu peux. Si ta réclamation est refusée tu n’as pas d’autre choix que de tourner ou bien vers la cnil ou bien vers le tribunal de justice. On passe d’une justice traditionnelle où on a mis des millénaire à avoir le principe du contradictoire, la communication des pièces à une justice en ligne, arbitraire et anonyme. Il faut vraiment que le citoyen reprenne le pouvoir mais j’ai confiance, c’est grâce à un citoyen Autrichien Mark Schrems qu’on a eu toutes ces décisions concernant Facebook notamment pour réclamer plus de droits et le droit à la réclamation, face à la timidité des organisations comme la cnil ou le G28, c’est un citoyen qui a épuisé toutes les voies de droit autrichienne et qui a fait bouger les choses. Je crois beaucoup en l’initiative privée et en l’éveil du citoyen.

Le droit à l’oubli existe-il vraiment?

Le droit à l’oubli n’existe pas sur internet on parle de déréférencement c’est à dire le lien et la page que tu as invoqué vont être enlevé de la vue publique des autres internautes mais elle va rester dans l’historique des pages, dans l’historique du site web et dans l’historique des cookies. Il n’y a pas d’effacement absolu. A mon sens pour ce genre de litige, il faut utiliser le droit classique, dans nos grands principes de droit romano-germanique. Si l’on se met à vouloir suivre le numérique et l’évolution technologique, on sera toujours en retard. La technologie évoluera toujours plus vite que le droit. Il faut donc être synthétique et visionnaire et avoir des grands principes et qu’on puisse les appliquer à 5, 10 ans. De nos jours il y a beaucoup trop de lois et qui plus est des lois circonstanciées.

Qu-est ce que la souveraineté numérique?

J’y crois sans y croire, pour qu’il y ait une souveraineté numérique, il faudrait que nous ayons les moyens techniques de contrôler notre internet. A l’heure actuelle, nous n’avons pas la structure même si nous avons les ingénieurs. A l’heure où le monde est globalisé, nous ne pouvons pas avoir une souveraineté numérique nationale. Il faut que la souveraineté numérique soit partagée, c’est à dire qu’il faut qu’on créé une structure européenne de souveraineté numérique et là on pourra lutter contre les Etats-Unis. Il faut s’interroger dans le cadre de l’Europe sur qu’est-ce que va rentrer dans la souveraineté numérique.

Avec Elon Musk qui offre la possibilité de connecter des véhciules à sa plateforme digitale ou Mark Zuckerberg qui publie les recherches de Facebook, la propriété intellectuelle a-t-elle encore un sens dans l’ère numérique?

Je suis une fervente défenseur du droit de la propriété intellectuelle. Dans le futur le droit de la propriété intellectuelle va encore fortement se développer. Par contre la question est comment va-t-on mettre en place et exécuter le droit de la propriété intellectuelle. Il faudra s’interroger sur les sanctions et les formes de sanctions qu’on peut avoir. A mon sens les sanctions actuelles ne sont pas adaptées au numérique. Le droit est en panne quant à l’imagination et la création de sanctions numériques. La seule sanction numérique qu’on peut trouver à ce jour est la publication du jugement sur internet. Il faut imaginer des sanctions et impliquer les FAI, dans les sanctions imaginées il faut bien prendre en compte le côté viral d’internet. Il ne faut pas non plus que les sanction se transforment en vindictes publiques. Avec plus de sanctions numériques on pourra renforcer le droit de la propriété intellectuelle.

Te reconnais-tu dans notre slogan “La tête dans le web, les pieds dans les nuages” ou préfères-tu toujours rester les pieds sur terre ?

J’aime bien ce slogan. J’ai effectivement la tête dans le web et de temps en temps les pieds dans les nuages mais des nuages franco-français. Sinon la majeure partie du temps j’ai les pieds sur terre.

« Le mobile nous donne des supers pouvoirs »

Alexandre Jubien

Alexandre Jubien, L’expert mobile français qui a son palmarès les apps de Deezer, Le Kiosk ou encore Viadeo nous raconte son parcours qui fourmille d’enseignements pour tous les startuppers.

Si tu devais donner 3 conseils à un entrepreneur lesquels seraient-ils?
Le premier serait de beaucoup écouter ses utilisateurs ou ses clients et de ne pas hésiter à leur parler en face à face.

Mon second conseil “c’est si tu dois de planter, plante toi vite.” J’ai mis 2 ans à planter ma start up et j’aurais pu mettre 4 mois et ça m’aurait laisser beaucoup plus de temps pour faire autre chose.

La ressource clé c’est le temps. L’argent ça va ça vient mais le temps on ne le récupère jamais. Un entrepreneur doit vraiment mesurer à quoi il dépense son temps.

Le grand conseil que je donnerais au entrepreneur est : Bien que tu aies la tête dans les nuages et que tu aies vu quelque chose que les autres n’ont pas vu mais vas sur le terrain et vérifie qu’il y a vraiment l’opportunité.

Tu fais parfois référence en conférence à une entreprise que tu as monté et qui n’a pas fonctionné, qu’as-tu appris de cet échec?

Cet échec m’a offert beaucoup d’opportunités et cela m’a appris que l’échec n’était pas très grave. Par contre il faut admettre et digérer l’échec. Tu peux te trouver plein d’excuses mais au final c’est toi qui a pris les décisions, l’échec peut vraiment t’apprendre l’humilité. La seule excuse que je me suis trouvé c’est qu’il n’existait à l’époque pas de méthodologie comme le Lean Start up pour réussir. Après ce n’est pas parce-que tu appliques ces méthodes que tu vas reussir mais ces méthodes t’amènent plus vite au Reality Check.  Cela me fait penser à une start up que je conseille qui avait une super hypothèse qui s’est confrontée au terrain et qui a complètement pivoté. Se planter tout de suite c’est vraiment découvrir ce qui va marcher par la suite. Plus tu attends, plus tu es amoureux de ton produit et plus tu t’éloignes des attentes des utilisateurs .Les entrepreneurs qui se plantent devraient par la suite trouver des opportunités d’intrapreneurs. Tu ne peux être intrapreneur que si tu as une âme d’entrepreneur. Pour moi l’intraprenariat c’est ne pas attendre qu’on te dise ce que tu dois faire mais avoir des objectifs et tout faire pour les atteindre. Un entrepreneur qui a échoué c’est très compliqué pour lui de retourner en entreprise et d’être sous les ordres de quelqu’un. L’intraprenariat lui permettra d’avoir une certaine liberté et de s’investir à fond sur des projets tout comme un entrepreneur. L’entreprenariat m’a appris la débrouillardise et que le plus important ce n’est pas les gens que tu rencontres. Avec ma start up nous avions rencontré des PDG notamment celui d’NRJ, ces rencontres sont très intéressantes mais n’aboutissent pas forcément sur du business. La plus grande cause à l’échec de ma start up c’est que nous courrions après un marché qui n’existait pas encore sans nous en rendre compte.

Tu as essentiellement travaillé sur des app mobile, pourquoi une telle spécialisation?

C’est amusant parce-que je suis arrivé un peu par chance dans le mobile. On me décrit parfois comme Mr Mobile First parce que j’ai commencé par ça en 2003 en sortant de la fac, mais à la base je souhaitais me diriger dans l’industrie du jeux vidéo, j’ai un passif d’hardcoregamer. Mon premier stage en 2003 s’est effectué chez Betomorrow qui faisait du jeu vidéo sur mobile, cela m’a permis de m’intéresser au mobile, j’ai pu travailler sur des projets d’app dont Livefoot qui était une app de suivi de match de football, un peu comme un flux Twitter. Chez Betomorrow on utilisait des technologies de jeux pour faire des app. Ça m’a beaucoup plu c’est d’ailleurs la-bas que j’ai rencontré mon associé, on a senti que le mobile allait prendre une énorme ampleur et c’est à ce moment que j’ai réalisé que je voulais vraiment travailler dans le mobile et plus vraiment dans le jeu vidéo. Nous voulions réaliser des jeux et toutes autres sortes d’apps par exemple un code de la route sur mobile, on avait même proposé à Mac Donalds d’offrir un jeu avec leur menu et d’y intégrer des publicités. Notre idée était d’effectuer une plateforme de publicité pour les apps et jeux en Java, par exemple tu passes un niveau dans le jeu de Mac Donalds, tu gagnes un coupon « burger offert avec un menu ». Le jeu pouvait contenir des publicités interactives. En 2005-2006 c’était peut-être un peu tôt à l’époque pour Mac Donalds mais de nos jours ils sont beaucoup plus mobile friendly. Avec le recul le marché que l’on visait n’a pas vraiment pris. Aujourd’hui le marché de la pub sur mobile n’est pas extraordinaire à part pour Facebook. J’ai donc crée une start up dans le mobile et je suis toujours resté dans le secteur, j’ai monté une boîte, effectué des presta, travaillé pour Webwag. J’ai eu ensuite 2 opportunités Google ou Deezer car Google recrutait beaucoup à l’époque de développeurs mobiles pour Android. J’ai choisi Deezer et je ne le regrette pas du tout.

Pour quelles raisons une entreprise devrait se lancer sur mobile?

Le mobile est trop vu comme une techno qui est une extension du web. Pour moi le mobile va beaucoup plus loin que ça, le mobile est devenu une extension de nos cerveaux, en tout cas pour les smartphoneaddicts. C’est quelque chose que nous avons toujours sur nous et en toutes circonstances. Je pars du principe que le mobile nous donne des supers pouvoirs. Quand tu effectues un appel, quelque part c’est de la transmission de pensées, nous n’en sommes pas encore à la connexion des cerveaux entre eux mais la transmission de voix c’est déjà un excellent proxy. Le mobile a beaucoup de supers pouvoirs et en quelques sortes nous permet de devenir des supers héros, par exemple Slideshare permet d’acquérir des connaissances, Evernote d’avoir une mémoire d’éléphant, les application de traductions permettent de communiquer avec quelqu’un dont tu ne connais pas la langue, Google Traduction permet en voyage de traduire les panneaux en réalité augmentée .Un super pouvoir dont a assez peu parlé la science fiction c’est l’intelligence collective, le mobile nous permet de collaborer de façon instantanée. Toutes les révolutions sociales se passent sur mobile, le printemps arabe avec Twitter, la révolte des étudiants à Hong Kong avec Firechat. Le mobile a été aussi très présent lors des attentats du 13 novembre avec le #portesouvertes ou encore are yousafe lancée par Facebook. Ce sont 2 belles initiatives dont le moteur principal a été le mobile. Qu’est ce que le mobile deviendra? Je pense qu’il est lié au transhumanisme, en effet nous avons toujours avec nous une machine qui améliore nos capacités. Quand tu prendsconscience de cela en tant qu’humain tu peux après l’appliquer à une entreprise. Est-ce qu’une entreprise peut passer à côté du fait que l’humanité change de forme? Je ne pense pas. Nous allons vers quelque chose de beaucoup plus puissant que le web même si ce n’est finalement qu’une continuité du web. Si tu ne suis pas la vague maintenant la révolution mobile va te rouler dessus en tant qu’entreprise et le monde se passera sans toi. Aujourd’hui le mobile est au cœur de cette révolution mais cela changera peut être dans un futur proche.

Quels sont les pré-requis pour faire une bonne app mobile?

Il faut que l’application ait une vocation très utilitaire. Au début les marques se sont plantées et ont pris les apps comme des canaux de communication or une app c’est surtout fait pour résoudre un problème. La plupart des apps qu’on utilise régulièrement ce sont des apps qui résolvent un problème. Il faut être user centric et aller parler à ses utilisateurs. Après ce ne sont pas utilisateurs qui décident du produit car ce sont les équipes produits qui sont capables d’avoir une vision plus globale afin de trouver une solution inédite. Le vrai défaut c’est de penser les solutions plutôt que de décrire les problèmes, le vrai métier du Customer Development et du produit c’est d’aller creuser les problèmes pour apporter la bonne solution.

J’ai beaucoup de startuppers qui me disent dans 1 an je veux 1 million d’utilisateurs sur mon app et je leur répond c’est super mais commence par 10. Même des apps très connues ont eu un jour 10 utilisateurs. Il faut 10 utilisateurs puissants, quand on en a 100 on peut viser 500 puis 2000 , 10000… Les 10 premiers utilisateurs sont vraiment les plus importants car c’est eux qui vont t’aider à construire ton produit et à le généraliser. Cela me fait penser à un livre qui m’a vraiment intéressé, La Vache Pourpre de Seth Godin, qui explique que le marketing de masse est terminé. L’ère de la pub TV pour faire vendre de la lessive c’est terminé, le marketing est beaucoup plus complexe aujourd’hui. Nous sommes plus dans du marketing relationnel ou le marketing du bouche à oreille. C’est vraiment spécial pour les apps car énormément d’apps fonctionnent sans aucun budget media juste grâce au bouche à oreille. Cela n’empêche pas que l’on peut transcender ce phénomène pour aller plus vite en ajoutant des logiques digitales ou du média comme l’ai fait Dropbox avec son système de parrainage. Toutes les applications à grand succès ont cet ADN là par exemple Snapchat , Facebook, Deezer. A mon sens le plus beau succès en terme d’app c’est Shazam qui est devenu viral très vite juste grâce à son utilisation en publique qui a généré un fort bouche à oreille. A un startupper qui a envie de percer dans le monde des apps j’ai envie de répondre si tu as une app remarquable ça sera simple et si tu n’a pas une app remarquable ça sera très compliqué. 99% des apps crées ne sont pas remarquables au final et sont vouées à l’échec quoi qu’il arrive. Ce qui est très compliqué c’est de créer une application remarquable et française. Il y a 2 starts up que je regarde beaucoup Wemoms qui est une application communautaire pour les mamans et Kwalito qui est une application qui te permet de scanner les produits quand tu fais les courses et de voir si le produit est compatible par exemple avec ton régime sans gluten. Ces 2 startups vont chercher les 5000 premiers utilisateurs de leur app à la main et construisent le produit avec eux. Wemoms doit être maintenant autour des 40 000 utilisateurs parcequ’ils prennent cette vague de bouche à oreille et de la viralisation. Ces 2 applications, pour les niches qu’elles attaquent sont vraiment remarquables.

Qu’est-ce que le design thinking pourrait apporter aux entreprises françaises?

Personnellement je n’applique pas la méthode du Design Thinking mais une méthode qui revient un peu au même. Les méthodes que j’applique sont plus le Customer Developement et l’agilité. Le CustommerDevelopment passe par des interviews d’utilisateur et beaucoup de Lean UX (UX à moindre frais pour aller vite). Le Design Thinking étant finalement une méthode de bout en bout, le Design Think c’est ce que je viens de décrire avec une seule méthode qui fait tout. Je trouve que le Design Thinking n’est pas toujours pratique pour faire rapidement de l’itératif c’est à dire faire rapidement une V.1, V.2… En CustommerDevelopment, on fait de la découverte utilisateur, trouver ses 10 premiers utilisateurs, si on créé une nouvelle fonctionnalité trouver les 10 betatesteurs pour cette fonctionnalité. Ceci correspond notamment à la partie empathie du Design Thinking. Une entreprise qui prend comme méthode le Design Thinking ne va pas se tromper cependant le Design Think est bien approprié aux apps. Peu importe les méthodes mais il y a 3 choses qu’il ne faut pas rater que ce soit pour le développement d’un produit ou d’un feature :

1- Trouver le bon produit (une app est considérée comme un produit digital)

2 – Bien construire le produit

3 – Bien le vendre

Si je devais effectuer des recommandations ça serait :

1- Utiliser le CustommerDeveloppment pour trouver de nouvelles features

2 – Agilité pour bien construire

3 – Growthhacking pour bien vendre

J’aime beaucoup toutes ces méthodes, je trouve qu’elles favorisent vraiment les synergies entre les métiers. Avec le prisme des compétences chacun peut amener sa lumière.

Tu as pu collaboré avec de belles starts up comme Viadeo, Deezer, Le Kiosk à ton sens quelle est l’élément clé qui peut faire le succès ou l’échec d’une start-up?

A mon sens, l’élément clé c’est la culture interne et la façon dont les gens sont motivés. C’est des équipes soudées qui ont vraiment envie d’avancer et qui ont conscience qu’elles font quelque chose de grand. La valeur confiance est aussi un élément très important, le fait que chacun se fasse confiance, par exemple quand tu vois quelqu’un de très compétent arriver dans un domaine où tu l’es moins cela donne confiance. Quand tu as confiance ça te donne envie d’avancer. Malheureusement la valeur confiance est quelque chose que l’on perd très vite dans les grosses entreprises. J’ai 2 exemples d’entreprises qui n’ont pas su garder cette valeur de confiance c’est Viadeo et Aldebaran. Pour ces 2 entreprises la confiance s’est effritée des présidents envers les managers puis des managers envers les équipes. La confiance est pyramidale et se propage jusqu’à l’extérieur, c’est à dire que tu vas avoir des articles négatifs ce qui va refroidir les investisseurs, du coup le marché n’a plus confiance et même les utilisateurs finissent par ne plus avoir confiance. Il y a une start up que je suivais et que je suis beaucoup qui a comme valeur clé In Trust We Trust au point où les utilisateurs se notent entre eux c’est Blablacar. Pourquoi Blablacar réussi autant? C’est parce-que ils ont une très bonne valeur confiance en interne qui du coup rayonne à l’extérieur et tout le monde a confiance : les investisseurs, les utilisateurs , les journalistes…

Te reconnais-tu dans notre slogan “La tête dans le web, les pieds dans les nuages” ou préfères-tu toujours rester les pieds sur terre ?

Je suis plutôt la tête dans les nuages et j’ai ensuite appris diverses méthodologies pour m’ancrer les pieds sur terre.

Vous pouvez retrouver l’intégralité des conférences d’Alexandre Jubien ici : http://bit.ly/1XKcxUO

Religion et réseaux sociaux?

appel au don awake

En France la religion est un sujet plutôt tabou pourtant il est intéressant de voir que les religions s’emparent du digital et des réseaux sociaux pour propager la bonne parole. Si aux USA nous pouvons voir des chaînes télévisées dédiée à la religion qui effectuent régulièrement des appels aux dons et qui créent une vraie stratégie pour fidéliser leurs membres. (suite…)

Growthhacking idée de génie?

growth-hacker

Depuis un certain temps je vois défiler dans mon fil d’actualité de curieux hashatgs #growthhacking #growthhacker. Encore un buzzword dénué de sens ou est-ce une armée de jardiniers fous qui souhaitent faire pousser des plantes plus vite grâce à des techniques plus ou moins légales? Comment hacker la croissance et puis finalement qu’est-ce que le hacking de croissance. (suite…)


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